De retour en France, le moment est venu de vous faire part du récit de cette « Transat Jacques Vabre». Quelques jours sont nécessaires, pour récupérer le rythme quotidien, et ainsi faire le point sur cette longue traversée. Les bons moments, les anecdotes inoubliables ainsi que de laborieux épisodes permettent de confirmer que ce parcours reste l’une des plus prestigieuses courses en double au large.

Longue de 5400 Milles, cette édition 2015 fût particulièrement rude et éprouvante. En effet, la diversité des conditions météorologiques rencontrées, les risques endurés, ainsi que le rythme soutenu quotidien que chaque concurrent s’infligeait, nous ont permis d’acquérir une expérience de navigation considérable.

Le 25 Octobre dernier, jour du départ, les conditions s’avéraient parfaites pour s’élancer. Grand soleil, léger vent, voir quasi néant, en tenue d’été, tous les ingrédients étaient réunis pour fêter ensemble, avec nos proches et le public, ce moment inoubliable. Depuis les falaises d’Etretat, le spectacle devait être grandiose.

Dès lors que celles-ci étaient à vue, la température est très vite tombée à la vitesse du soleil. Nous avons finis par enrouler, les bouées mouillées devant la plage, avec toutes nos couches chaudes et la cagoule. Le paysage était splendide vue de la mer.

Nous voilà en route vers la pointe Bretonne par ce froid, bien connu en Manche, dont nous nous serions bien passé, pour démarrer cette transat.Notre premier choix stratégique s’offrait à nous. Aller chercher cette première perturbation, aux prévisions agitées et houleuses, pour bénéficier d’une bascule et des bords plus rapides ,ou alors choisir une option moins risquée et suivre la route la plus courte orthodromique pour démarrer cette transat. Notre binôme a choisi cette deuxième option durant tout le Golfe de Gascogne, ce dernier étant connu pour les péripéties de casse matérielle.

La deuxième perturbation était bien moins active que ses deux voisines. Cependant, la dernière rencontrée nous réservait déjà une surprise. Nous étions alors au large de la Corogne. Celle-ci a apporté bien plus de vent qu’annoncé, avec une mer courte et forte de sud-ouest, et un résidu de longue houle de Nord-Ouest, lié à la première perturbation. Nous avions l’impression de naviguer dans une marmite au près. Ces premiers grands moments de la course furent très épuisants, et nous attendions avec impatience : la bascule du vent de Nord-ouest.

Cette bascule tant attendue arriva enfin, l’apparition du soleil et de glisse sous grand spi a été un agréable moment de satisfaction. Le temps était venu de s’occuper de soi, de se restaurer convenablement, de sécher toutes nos tenues, et de sortir la tête du bateau.Plus nous descendions dans le sud, plus le soleil tapait dans le dos. La frontière apparaissait au Détroit de Gibraltar, où les chapeaux et les tenues claires étaient de mise.

Notre trajectoire se dessinait bien trop loin pour croiser des cargos, notre crainte depuis le début.Nous approchions ensuite des Canaries. Les prévisions météorologiques prévoyaient une dorsale à l’Ouest de notre routage, se propageant dans les heures à venir. En définitive, cette zone sans vent a été bien plus large que prévu, notre baromètre était formel. Nous avons patienté une journée et demi, et nous avons pu profiter de levers et couchers de soleil, avant de toucher les Alizés.

L’apparition des Alizés s’est fait par risées intermittentes assez surprenantes. Au fur et à mesure que l’on descendait dans le sud, les alizés devennaient plus établies, et accompagnées de poissons volants. De nuit, c’était une autre histoire: des variations quotidiennes de vent assez marquées dans la même direction.

Arrive après cela le passage du Cap-Vert, sous des Alizés soutenus, de 25 nds. L’angle avec le vent, permettait de naviguer sous un genaker type Code5. On a profité de jolis surfs de 19nds, sous un soleil de plomb, accompagné de dauphins très joueurs, et même d’un baleineau. La pointe Ouest du cailloux s’est brièvement montrée durant quelques instants, avant de se cacher sous le faux jour d’un soleil resplendissant.Notre route s’orientait plein sud à ce moment de la course. Nous avions fait un bon gain et revenions fortement sur nos Brésiliens.

Le fameux « Pot Au Noir », ne tarda plus à se rapprocher. L’étude des images satellites commençait à être importante pour évaluer notre option. Toutes les prévisions météorologiques préconisaient une route vers l’Est. Cependant, l’observation des images satellites nous conseillait une route centrée.

Ce fût notre première expérience à nous deux, de traverser cette zone tant redoutée. Une option extrémiste, de notre part, était mal venue. C’est une partie de la course où domine un vent très instable, oscillent, et fortement humide. Différents types de nuages règnent dans ce secteur. L’observation instantanée est prépondérante. Il s’agit d’un moment de la course où les cartes peuvent être redistribuées.

L’apparition d’une petite faille dans l’Est présageait la fin de ce Pot Au Noir, chose que nous sommes allés chercher pour en finir au plus vite, car les nuits étaient agitées. Un groupe de 4 bateaux s’est alors formé. Nous nous sommes retrouvés non loin de l’équipage brésilien (Zétra), poursuivi de l’équipage féminin (Concise 2), et du duo malouin (SNBSM).

Dès lors que le soleil réapparaissait, des risées de Sud-Est se manifestaient. Celles-ci se portaient favorables pour faire route vers les côtes du Brésil au plus vite. Un énorme speed test se lança dès que les bateaux touchèrent du vent. Nous étions au « bon plein » à quelques dixièmes de nœuds de différence chacun. Ce fût le match le plus excitant de la course. Le but était de rejoindre la ville de Récif au plus vite, pour profiter d’une bénéfique bascule du vent. D’énormes poissons volants nous montraient la route, sous l’œil des Fous de Bassan qui rodaient autour du bateau.

Le passage de l’Equateur était tant attendu, et tellement emblématique, que nous avons trinqué un petit verre, à la santé de nos supporters, et à la suite de cette course.A ce moment de la course, nous avons traversé des ilots brésiliens cachés de la carte, de vrais petits paradis, comme les Iles Fernando de Noronha et l’Atoll das Rocas.

Les côtes brésiliennes se sont parcourues avec un genaker type Code5, pour finir sous grand spinnaker. Les déroutes de pêcheurs brésiliens paraissaient surprenantes et leurs désirs de nous saluer étaient fort agréable.Notre descente vers la baie de Rio se déroulait à merveille, jusqu’à la pointe de Cabo Frio. C’était un endroit assez stratégique, au regard de notre placement vis-à-vis de nos concurrents. Les prévisions météorologiques étaient bien trop pessimistes, il fallait faire face à l’immense parc pétrolier. Or, nous avons eu à faire à trente-cinq nœuds en rafale, et une mer qui s’est formée rapidement.

Plusieurs choix s’offraient à nous, longer la côte Brésilienne et ainsi déjouer les pièges des filets dérivant des pêcheurs, ou bien enrouler au large ces montagnes d’aciers, que sont ces plateformes pétrolières.Notre choix majeur étant de franchir cette zone par le large, l’option la plus sûre. La navigation de nuit est un moment plaisant et magique, mais des erreurs peuvent survenir très rapidement. Notre spi lourd a souffert gravement lors d’un enfournement assez spectaculaire. On notera qu’une troisième option, a été choisie par le plus joueur d’entre nous : traverser littéralement ce parc impressionnant.

Nous voilà enfin, dans la dernière ligne droite de cette transat, il ne reste plus qu’à traverser les derniers six cents milles qui nous séparent d’Itajaï. Ce dernier tronçon fut marqué par le passage d’un front chaud, avec un vent qui bascule vers la gauche, chose que nous n’avions jamais rencontré jusqu’à présent. Nous dûmes faire face également à la formation d’orages violents, à chaque début de nuit, à une bordure de trente milles de la côte. Ces orages commençaient très haut en altitude , traversaient plusieurs strats de nuages, pour finir pour certains, foudroyant à la surface.

A ce moment là, nous avions trois heures de retard sur nos brésiliens. Le scénario qui consistait à les rattraper pouvait être possible. Ces derniers ont franchi la ligne d’arrivée peu avant les orages. Un vent très instable et oscillant s’est présenté à nous, creusant alors un écart de plus de sept heures. Un long moment de stress s’est installé dans le bateau, fixant dans les rétroviseurs , nos deux poursuivants.

A 7h38’10’’ TU, le lundi 23 novembre, nous franchissions cette ligne d’arrivée, parmi l’armada de pêcheurs brésiliens. Ce moment de satisfaction était tellement fort, que nous n’avions plus de notion de temps. Les écarts entre les bateaux n’étaient plus une priorité.L’apparition des premiers journalistes et photographes, nous a procuré beaucoup de joie. Néanmoins plusieurs instants de doutes sont apparus, tant à cet arrêt brutal, jusqu’à la venue du jaugeur, qu’à des amis supporters, venus nous aider à ranger le bateau et nous escorter jusqu’au ponton. L’accueil musical au ponton nous a marqué. Nous avions quelques difficultés à exprimer nos ressentis de ces quatre dernières semaines passées en mer, mais nous n’avons eu aucune difficulté à savourer notre premier repas et cette caïpirinha tant méritée.

Cette expérience de transat, a été très enrichissante humainement, sportivement, techniquement parlant. J’ai appris à me connaître moi-même, et à faire fonctionner un bateau en binôme. Désormais, je connais mieux mes limites, et je sais sur quoi travailler pour progresser encore par la suite. Vos encouragements et félicitations ont contribué à cette performance sportive. En effet, nous tenons tous deux à vous remercier encore une fois pour vos manifestations qui nous ont fait chaud au cœur.Sachez que depuis notre retour, des idées et des projets fusent dans nos têtes!

  • MONOCOQUES

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